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jeudi 11 décembre 2008

Récupérer la chaleur des eaux usées pour chauffer les logements

Utiliser la chaleur des eaux usées pour le chauffage des bâtiments. C'est une solution proposée par Lyonnaise des Eaux et baptisée « Degrés Bleus ». En réalité, la filiale de Suez Environnement a acheté une licence d’utilisation d’un brevet déposé par la société suisse Rabtherm, auteur de cette technologie.

Le principe est simple : les eaux usées des salles de bains et des appareils électroménagers ont une température moyenne comprise entre 11° et 17°. Dès lors, pourquoi ne pas récupérer les calories de ces eaux pour le chauffage de logements et de bureaux ?

Le système Degrés Bleus repose sur un échangeur placé au fond des canalisations des réseaux d’assainissement. Il comprend un circuit de canalisation en boucle fermée qui transporte de l’eau. Celle-ci est chauffée par la chaleur des eaux usées pour alimenter ensuite une pompe à chaleur (PAC) qui va permettre d'élever la température d'eau à un niveau exploitable (entre 50 et 70° C). Elle s’achemine ensuite vers une chaufferie centrale qui alimente un réseau de plusieurs bâtiments.

Particularité de taille, le système Degrés Bleus est réversible. C'est à dire qu'il peut être également utilisé en été pour climatiser les bâtiments (maisons de retraite, hôpitaux...). Enfin, il comprend un instrument permettant le suivi des performances de tous les appareils de la chaîne : la PAC, l’échangeur, le débit, la température extérieure et la température intérieure.

Une éco-innovation pleine de promesses

Au-delà de son efficacité écologique – le fabricant annonce une réduction de 60% d'émissions de gaz à effet de serre –, ce nouveau système de chauffage pourrait faire réaliser des économies conséquentes à ses utilisateurs (collectivités, institutions...). L'eau usée constitue en effet une énergie renouvelable issue de la biomasse et donc peu onéreuse. Le retour sur investissement pourrait ainsi être atteint au bout de quelques années d'utilisation malgré un prix d'installation plus élevé que pour un chauffage thermique classique. Un gain qui pourrait s'avérer encore meilleur en cas de subventions (Ademe...) ou d'augmentation du coût des énergies fossiles.

En dépit de cet horizon dégagé, Degrés Bleus se heurte malgré tout à de vraies contraintes techniques puisque le système n'est pas compatible avec l'ensemble du parc immobilier. Il nécessite en effet un débit de canalisation de l'ordre de 15 l/s par temps sec ce qui correspond à environ 8 000 à 10 000 habitants raccordés. Deuxième bémol, sa mise en place, aisée pour de nouvelles constructions, sera difficile et plus onéreuse sur des canalisations anciennes de petit diamètre. Pas de quoi « refroidir » pour autant la Lyonnaise des Eaux qui a fait de Degrés Bleus le symbole de ses actions en matière de développement durable.

Baptiste Roux Dit Riche

Trois questions à…

Gilles Gombert, Directeur de la diversification, Lyonnaise des Eaux (filiale de Suez environnement).






Quelles sont les origines du projet Degrés Bleus ?


Le procédé repose sur un brevet suisse qui date d'une dizaine d'années. A l'époque, une vingtaine de réalisations ont été menées à Bâle, Zurich ou dans le canton de Vaud. En France, nous avons lancé Degrés Bleus fin 2007. Il s'agissait de réveiller une technologie qui combine écologie et économie au moment où le prix du brut grimpait.

Des projets de construction sont-ils en cours en France ?

Rien n'est bouclé mais on travaille sur des dossiers de bâtiments administratifs, de piscines ou de réhabilitations de quartier. Nous sommes les seuls à proposer cette technologie en France, même si nous sommes aussi en concurrence avec la géothermie. Si tout va bien, nous aurons deux à trois affaires réalisées avant l'été 2009.

Cette technologie n’est pas toujours adaptée à de vieilles canalisations. Quel est donc son vrai potentiel ?

Le potentiel pour cette technologie est d'environ 30 constructions pour une ville de 300 000 habitants et 5 à 10 constructions pour une ville de 100 000. Nous visons donc ce potentiel.

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vendredi 19 septembre 2008

"L’urine marseillaise élevée au rang d’enjeu industriel"


Marseille est cette semaine sous les feux de la rampe (passons sa défaite contre les Reds). La cité phocéenne a été élue mardi dernier « Capitale européenne de la culture en 2013 ». Le site officiel de la nouvelle capitale culturelle héberge notamment « Blog 2013 », un bouquet de blogs, parmi lesquels « Ville sauvage », qui se propose de voir en Marseille, le symbole d’une autre écologie.


A ce titre, l’un des derniers billets publié sur Ville Sauvage, intitulé « Les entrailles urbaines », nous plonge au cœur de Géolide, le nouveau complexe de traitement des eaux usées de Marseille. Une plongée dans le processus de dépollution des effluents en compagnie de Bruno Magron, technicien de la Communauté Urbaine, à la Direction de l’eau et de l’assainissement (une suggestion : écoutez cette visite guidée tout en ayant sous les yeux le schéma de fonctionnement complet de la station).


Après un chantier qui aura duré quatre ans, Géolide a été mise en service en ce début d’année 2008. N’est-ce pas dans la culture des marseillais de céder à l’excès ? Toujours est-il que les auteurs du blog présentent Géolide comme la plus grande usine enterrée de traitement des eaux usées du monde. L'entreprise Veolia Water Solutions & Technologies, pourtant impliquée dans le projet, préfère parler de « référence européenne dans le domaine de l’assainissement ».


A sa filière pré-existante de prétraitement et de décantation des eaux usés, la station marseillaise a développé de nouvelles filières. Ainsi, l'eau prétraitée rejoint désormais les unités de bio-filtration (Biostyr) qui éliminent les pollutions restantes par voie biologique. Ensuite, les pollutions transformées en boues sont évacuées des Biostyr par un rétro-lavage quotidien. Les eaux de lavage chargées en boues étant clarifiées sur les décanteurs spécifiques de type Actiflo. Enfin, les boues produites par l’usine des eaux, après avoir franchi les étapes d’épaississement et de la digestion (chauffagge à 55°C), sont séchées. Ce procédé de séchage restitue les boues sous forme de granulés. Lesquels pourront servir les filières de valorisation thermique ou agricoles.


Extraits du billet du blog « Ville Sauvage »


« Une ville […] c’est aussi la gestion de l’azote contenu dans les dizaines de tonnes d’urée que rejettent chaque jour les citadins. »


« La ville moderne, c’est l’urine élevée au rang d’enjeu industriel. Sauf qu’il s’agit là d’une industrie organique, où les petites mains sont celles du monde vivant : car ce sont des bactéries qui sont au cœur du processus. »

« La station Géolide recueille les eaux de 15 communes différentes, soit un million d’habitants. Et le volume global traité ? Entre 230 000 et 250 000 m3 d’effluents chaque jour. »

« Dans le processus incessant par lequel notre corps reconstruit ses protéines à partir des éléments ingurgités, il y a un rejet: c’est l’urée. Cet azote organique se transforme naturellement, en quelques heures, en azote ammoniacal."

« D’un point de vue écologique, la réalité d’une ville d’un million d’habitants, c’est ainsi, entre autres, 500 m3 d’urine par jour, dont 30 tonnes d’urée pure. Dans le litre et demi d’urine que nous rejetons quotidiennement, se trouvent en effet 30 grammes d’urée – CON2H4. »


« Une des fonctions des stations d’épuration est de transformer cet azote ammoniacal en nitrates (NO3) et éventuellement en azote (N2), principal constituant de l’atmosphère terrestre. »


Pour aller plus loin :

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